Gender… quid des différences entre garçons et filles?



* * *

A lire: la plaquette des AFC:


A l'occasion de cette question, il me semble que nous devrions réfléchir à la différentiation de l'enseignement.

Jean-Louis Auduc a publié un livre, il y a quelques années, illustrant le constat de l'échec scolaire bien plus répandu chez les garçons que chez les filles.


Savez-vous que:

Près des trois-quarts des élèves de SEGPA sont des garçons, près de 80 % de garçons peuplent les classes relais, la réussite au bac est de 57 % pour les garçons, contre 71 % pour les filles. 

* * *

Que faisons-nous pour aider les garçons? Dans un univers bien souvent plus adapté au fonctionnement des filles? Et très majoritairement animé et encadré par des femmes?



J.L. Auduc cite une étude démontrant que plus la gestion de la cour de récréation est stricte (interdiction de jeux de balles, interdiction de sauter et de courir) plus les risques de comportements extrêmes tels que les arrêts volontaires de la respiration et les jeux du foulard, sont grands chez les garçons.
Mieux vaut une bonne « Baston » comme savent en faire les scouts, une équipe contre l’autre, à fond, avec sa violence contenue, ses règles et la conscience claire qu’il s’agit d’un jeu, plutôt que faire seuls ou en bande –vraiment ennemies, celles-là - l’apprentissage de la violence.

Par ailleurs, il faut que l’affirmation de cette virilité dans une violence autorisée mais contrôlée soit assortie d’une condition qui la tempérera : développer en même temps le sens de l’honneur, la droiture, la soumission à la loi et à l’autorité et l’attention portée au plus faible.
* * *
«Nous avons trop tendance à considérer que l'échec est asexué»

* * *

Résultats PISA 2012


En France, l’écart de performance en compréhension de l’écrit entre les sexes s'est creusé entre les cycles PISA 2000 et PISA 2012, passant de 29 à 44 points de différence en faveur des filles.

Les améliorations en compréhension de l’écrit sont principalement dues aux résultats des filles. Ainsi, entre 2000 et 2012, la proportion d’élèves très performants a augmenté de 6 % chez les filles (contre seulement 2 % chez les garçons), alors que dans le même temps, la proportion d’élèves en difficulté a augmenté de 6 % chez les garçons (contre seulement 2 % chez les filles).



Maths:

En France comme dans la moyenne des pays de l'OCDE, la proportion de garçons et de filles dans le groupe des élèves en difficulté est à peu près identique (22 %), mais la proportion de garçons dans le groupe des élèves les plus performants est bien plus élevée que celle des filles (15 % pour les garçons, contre 11 % pour les filles) (tableau I.2.2a).

Face à un problème de mathématiques, plus de la moitié des filles (52 %) se sentent perdues, contre un tiers des garçons (33 %)

Alors qu’en France, les garçons font preuve de moins de persévérance pour résoudre des problèmes de mathématiques qu'en moyenne dans les pays de l'OCDE, chez les filles, cette tendance est encore plus marquée. Face à un problème à résoudre, la proportion de filles à abandonner facilement est plus importante que celle des garçons, avec des proportions s’établissant respectivement à 60 % et à 44 %. Par rapport aux garçons, une proportion plus importante de filles déclarent « Je remets les problèmes difficiles à plus tard », et une proportion moins importante de filles déclarent « Quand j’entame un exercice, il m’intéresse jusqu’au bout », « Je travaille sur mes exercices jusqu’à ce que tout soit parfait » et « Quand j’ai un problème difficile à résoudre, j’en fais plus que ce que l’on attend de moi ». Cette différence entre les sexes représente respectivement 6, 9, 3 et 7 points de pourcentage (tableau III.3.1b).




* * *

Il me semble que tenir compte des différences est de l'ordre d'un bon sens nécessaire, tant pour trouver des moyens d'aider les garçons que de lutter contre le Gender.


Une des différences se situe dans la sensibilité auditive. Diverses études ont montré que les hommes entendent moins bien que les femmes, en général, avec une différence de 9 db.
On recommande alors de placer les garçons plus près de l'enseignant afin qu'ils entendent mieux et soient moins enclins à dormir en cours.
Le réalisme devrait imposer de tenir compte de ces données pour mieux organiser l'espace en classe, plutôt que de se laisser piéger par l'idéologie consistant à refuser de regarder en face les différences. Certains s'interdisent d'y réfléchir, au nom d'une prétendue lutte contre la discrimination… au détriment de l'aide à apporter aux élèves selon leurs besoins réels.
On accepte de tenir compte d'une faiblesse auditive, visuelle, comportementale, etc. si elle est individuelle et si elle n'est pas reliée au sexe. En revanche, quand il s'agit de différencier du fait des aptitudes masculines ou féminines, on se voile la face, parce que serait tabou.


L'oreille de l'homme perçoit des fréquences sonores allant de 20 à 20000 Hz, alors que, chez la femme, la limite se situe à 22000 Hz.


Une autre différence, dont on ne tient que très rarement compte dans les écoles, est le besoin plus important chez les garçons de bouger. Les rythmes scolaires leur sont en général mal adaptés.

* * *

La physiologie (et la psychologie) des garçons et des filles est différente, donc les démarches cognitives. Quelques exemples:

Les garçons choisissent les jouets roulants, les filles les poupées et peluches. On dira que c’est du formatage. Un institut a fait l’expérience avec des singes adultes… on obtient quasiment la même répartition ! Les singes sont-ils aussi influencés par nos marchés du jouet ?
Les garçons aiment ce qui bouge. Les filles sont sensibles aux couleurs et aux textures.
Raisons liées à l’anatomie de la rétine. Des cellules vont répondre à deux questions : Qu’est-ce que c’est ; où est-ce que ça va ? Le système qui répond à « où ça va » est prédominant chez les mâles des mammifères, le système « couleur, texture » est prédominant chez les femelles.  

Différences visuelles
Si vous demandez à des enfants de maternelle de dessiner, librement. On obtient des résultats étonnants. Diapos d’exemples. Les filles privilégient les vues de face, plus de couleurs, les scènes de la vie quotidienne, presque toujours, il y a un visage avec des traits. Les garçons les vues aériennes, les scènes imaginaires auxquelles ils n’assistent pas personnellement, moins de couleur, il y a presque toujours du mouvement (92,4% contre 4,6%), presque jamais chez les filles.
Les différences rétiniennes et cérébrales déterminent une manière de voir le monde. Adulte, on a appris à être sensible aux couleurs (hommes), ou aux mouvements (femmes).

Différences auditives

Nous avons tous un niveau d’audition de confort.
Supérieur de 9 décibels chez les garçons / filles.
Donc erreur à ne pas faire : mettre les filles devant et les garçons derrière. Au fond, les garçons s’endorment… car ils ne peuvent entendre.

Le garçon est fait pour le mouvement, l’action.
Ne pas demander « comment vous sentiriez vous si ? », mais « que feriez vous si ? ».
Captiver par des événements, pas par des causes ou des conséquences.

* * *

Sylvestre Baudrillard (professeur de lycée) :


• Si on traite différemment un enfant de 6 ans et un enfant de 8 ans, un francophone et un non-francophone, un sourd et un entendant, on devra aussi utiliser une pédagogie différente pour les garçons et les filles, car :
— Leur différence de maturité peut aller jusqu’à 4 ans (au moins 1 an dès le CP) 
— Leurs centres d’intérêt sont différents, surtout en ce qui concerne leur genre 
— Leurs aptitudes sensorielles, leurs capacités physiques sont différentes 
— Leur attitude face à la tâche scolaire les distingue essentiellement


La formation garçons-filles permet au professeur de savoir quel langage employer.

Pour attirer l’attention d’un garçon de douze ans, qui est encore très « bébé », le professeur n’aura pas les mêmes stratégies que pour la fille du même âge, qui est une petite femme.

— Les garçons ont besoin d’une forte pression : beaucoup de travail, des devoirs hiérarchisés en coefficients, des professeurs qui parlent à voix claire, un appui visuel et technologique, de la variété, du rythme, de l’action.

— Les filles aiment un travail régulier, beaucoup d’explications orales, un travail en petits groupes sans forte pression, un ton de voix doux, et un passage fréquent de la règle à l’application « humaine ».

— Ne pas connaître ces différences conduirait à de véritables malentendus. Et surtout, à avoir des difficultés à « gérer » une partie de la classe, dans quelque matière que ce soit.


ENSEIGNER LE FRANÇAIS GARÇONS-FILLES 

1 LES GARÇONS, LES FILLES... ET L’ORTHOGRAPHE

• L’orthographe est souvent un problème masculin, en raison notamment du grand nombre de garçons dyslexiques. Beaucoup d’entre eux aimeraient résoudre ce problème, et sont contents de l’affronter. 

• Soigner les cours d’orthographe et de conjugaison, et relier la grammaire à l’orthographe. 

• Les dictées doivent être fréquentes : hebdomadaires ou un peu plus, et on peut obliger les élèves ayant moins de 12 à rendre un corrigé soigné, qui sera noté, par exemple avec un plafond de 12.

• Mettre 2 points de présentation à la dictée permet néanmoins d’échapper au désespoir du zéro. 

• En rédaction, souligner les fautes, enlever 2 points, et obliger, le cas échéant, l’élève trop négligent à réécrire son devoir. 

• En classe mixte, seuls les garçons sont en soutien : diviser les classes si possible dès le CP


2 LECTURE SUIVIE, TEXTES À APPRENDRE : S’ATTACHER À CE QUI PLAÎT
• Les garçons aiment les livres où il y a de l’action : rebondissements, suspense. Le cadre historique plaît aussi : antiquité, moyen âge... L’aventure, si possible exotique. Le théâtre a toujours du succès. 
• Les œuvres « littéraires », si elles ont de l’expressivité et du panache, sont bienvenues. 
• La récitation de textes, de beaux poèmes, est très appréciée ; plus encore s’ils peuvent y mettre le ton. Si ce sont des textes vibrants, exaltants, des poèmes sur des vertus, encore mieux.
• Les livres qui plaisent aux filles sont ceux où le descriptif, le relationnel, l’état d’âme ont plus de place. 

3 RÉDACTION : LE SUJET EST CAPITAL
• Le garçon préfère les sujets d’action, d’histoire, le fantastique, le policier, l’aventure et l’exotisme. 
• Récits d’aventures imaginaires : le narrateur est le héros d’une quête, si possible placée à une époque historique en rapport avec le programme. Mais attention à ne pas trop débrider l’imaginaire... 
• S’appuyer sur les passions extérieures au monde scolaire : animal familier, amitié, forêt, châteaux et chevaliers, guerre et technologie 
• Récits d’expérience personnelle : une expérience en rapport avec une vertu, un moment d’émotion forte... Expliquer au garçon que pour ce sujet, plus « plat », on attend le mot juste, le « rendu » précis d’une situation, d’une atmosphère... 
• De même que pour les livres, la fille préfèrera se raconter, jouer un personnage, dialoguer ou décrire. 
• En classe mixte, panacher régulièrement les sujets ou les livres.



* * *
Un exemple, vécu fin 2013:


Pendant trois semaines, dans la classe, les élèves ont été répartis ainsi: garçons ensemble, filles ensemble.



Puis, le 23 sept., 

le directeur est apparemment mécontent que je n'ai pas obtempéré à un ordre qu'il n'a pas mandat de me donner (fournir du travail et surveiller des élèves, pendant le temps du déjeuner, pour une bêtise faite à l'heure du déjeuner… horaire où les enseignants ne travaillent pas. De plus, étant suppléant, j'ai vraiment autre chose à faire au service de la classe que palier l'impéritie de la vie scolaire).
Il passe ses nerfs sur moi, faisant feu de tout bois. Et fait semblant de découvrir cette répartition des élèves, alors qu'il est déjà venu en classe plusieurs fois, et n'a rien dit. Il n'écoute pas sérieusement mes arguments, et m'ordonne de faire comme les collègues. Son seul argument: "je n'ai jamais vu cela en 27 ans de carrière."

Dans les autres classes, les maîtresses imposent une séparation artificielle: un garçon, une fille, un garçon, une fille, etc. Souvent en croyant qu'ainsi elles résoudront le problème des bavardages, de la discipline.

J'ai donc séparé les enfants, tout en maintenant le plus possible de binômes.
La conséquence immédiatement perceptible a été:
- destruction de l'esprit de classe, qui était bien au travail. Les deux groupes avaient leur identité claire, complémentaire. La dissolution imposée a déstabilisé tous les élèves.
- augmentation de l'indiscipline. Les enfants ont tenté de communiquer avec leurs pairs… plus éloignés. Dire une note, manifester sa joie, s'encourager mutuellement, se conforter, se rassurer, etc.

Les enfants ont besoin du groupe de pairs pour se construire, aussi pour gagner en stabilité affective. Egalement pour travailler en groupe avec entrain et motivation (on voit bien que c'est à contre-coeur qu'une fille se voit imposer de travailler en binôme avec un garçon, et vice-versa).

Pourquoi ne pas en tenir compte, pourquoi ne pas s'appuyer dessus pour augmenter les chances de réussite de chacun?
Au nom de l'idéologie coupée du réel, on plaque des théories sans aucune attention à ce qui serait bon pour les enfants. Et on nous fait le coup de la "discrimination". Sans même s'efforcer de penser. 

Quand il y a une différence physique (handicap, etc.), une différence de niveau scolaire, un comportement différent, etc., on en tient compte sans tergiverser… ni même réfléchir beaucoup d'ailleurs. Mais quand il y a différence du fait de la nature… il est interdit d'y penser. La différence des sexes n'existe pas. On nie volontairement un élément constitutif de l'identité de la personne. En pédagogie… car on a toujours des toilettes séparées… 
Et, sur le plan des résultats scolaires, la réussite des filles par rapport aux garçons nécessiterait une prise de conscience, et des actions bien pensées.

Ce que j'ai observé dans la classe rejoint, d'un certain côté, les études faites récemment par un économiste, Son Thierry Ly, sur la réussite scolaire liée à une plus grande humanisation du système, qui tient compte du confort affectif.

Dans notre société où le relativisme est devenu généralisé, la différence est devenue interdite. Cela conduit à une vision de plus en plus indéterminée de ce qu'est l'être humain.
Pourtant, la construction de l'identité nécessiterait un encouragement que le groupe de pairs favorise clairement. On grandit et se construit en recevant et en imitant d'abord.


* * *



Il y a aussi quelques ouvrages comme:






Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire