Quelle vision anthropologique pour l'école aujourd'hui ?

Voici mes notes prises pendant la conférence:


Introduction........... 2
1 – Diagnostic sur l’esprit de notre époque............ 4
A - Crise générale de la transmission................. 4
B – Pluralisme de droits en matière anthropologique et éthique................. 5
2 – Comment, dans ce contexte, oser la question de la vérité ?........... 6
Conclusion........... 8
Echanges : questions........... 9
Expliciter / valeurs................. 9
Quelle est votre conception de l’être humain ?................. 10
Comment amener un enfant à se rendre compte qu’il est dans un monde empli d’amalgames ? Nous vivons dans une société malade. Une partie de ce monde s’effondre sciemment. Pouvez-vous préciser sur potentialiser et actualiser ce trésor qui est en l’homme ?................. 10






Introduction


Cette réflexion a lieu dans un cadre social et politique. Notre gouvernement a mis la question de l’école et de la jeunesse au cœur de ses préoccupations. Depuis quelques mois ou années, des polémiques récurrentes surgissent autour de la question de l’école. Lieu d’affrontement important de différentes visions de l’être humain, de sa finalité, de la société française.
Deux thèmes ont beaucoup occupé les esprit : identité sexuelle-genre, et celle de la morale laïque lancée comme projet pour 2015. Déjà des classes pilotes.
Identité sexuelle en primaire, morale laïque dans toutes les classes.
Anthropos, homme en tant qu’être humain (masculin : andros). Logos : discours, ici sur l’homme.
Quelle conception de l’être humain ? Les deux sujets abordés mobilisent une réflexion sur l’être humain.
L’enseignement du genre est déjà effectif au lycée et en primaire.

L’école est un des lieux, avec la famille, de formation de la personne humaine. A ce titre, ceux qui interviennent dans l’école doivent avoir une certaine compréhension de la personne.
On ne peut pas éduquer sans avoir une certaine compréhension de la personne. Cela peut être implicite. Je peux éduquer sans avoir rien lu sur le sujet, ou en ayant du mal à dire formellement les choses.
Mais, dès que je me mets dans une situation d’éducation, je suis lié à une certaine représentation de ce qu’est l’être humain. De ce qu’il est, de sa finalité, de son bien.  L’éducation est déjà un acte éthique, qui touche au bien. Eduquer : faire sortir pour mener quelque part, et donc vers quel but ? Cette question du but est une grande question éthique.
L’éthique présuppose une conception de la personne.
Plus elle est implicite, plus nous sommes perméables aux influences exercées sur nous. Moins nous sommes conscients de ces influences, plus elles traversent nos pratiques, nos vocabulaires. Et moins nous sommes responsables de ce que nous faisons.
Elargir mon questionnement critique à ce qu’est l’être humain que je suis en train d’éduquer, d’enseigner.
Ce n’est pas seulement : quelle conception de l’homme va-t-on enseigner dans les cours ? En tant que participant à une mission d’éducation, il y a une conception de la personne, qui influence la pratique. Quelque soit le métier qu’on exerce dans l’école.

Depuis la Révolution, un débat traverse l’école : instruire ou éduquer ? On pourrait objecter qu’éduquer est le rôle de la famille.
Condorcet était un farouche partisan de la fonction d’instruction. Pour lui, en aucun cas l’enseignant ne peut avoir de velléités éducatives. Ceci pour ne pas empiéter sur le rôle des familles.
Rousseau avait créé une sorte de tradition : c’est le rôle de l’Etat d’éduquer les citoyens. Il faut les prendre dès le plus jeune âge, à l’école. Mission nécessaire pour faire une véritable république de citoyens.
On retrouve ces débats avec Jules Ferry et Paul Bert, à la fin du XIX°.

Un faux problème, parce que, quand j’instruis (acte directement tourné vers l’esprit de l’élève, vers l’acquisition et assimilation de connaissances par l’élève) je ne peux totalement faire abstraction de la situation éducative.
N’importe quel professeur fera une distinction entre une copie médiocre entièrement rédigée par l’élève, et une copie dont le contenu ne vient pas de l’élève. Le prof va prendre en compte ces différentes manières, et pas seulement le contenu de la copie. Il y a une préoccupation éthique, et donc éducative. Ex : la question de la tricherie.
Même en se concentrant seulement sur l’acte d’instruction, on tombe sur des questions éducatives.

Aujourd’hui, l’école est traversée par ce débat. La question éducative est très valorisée. Philippe Meirieu, a beaucoup influencé la pédagogie dans les années 90s. L’école est vue comme ce par quoi la société va se préserver, elle est chargée du vivre-ensemble, devant transmettre certaines valeurs. Cette transmission apparaît comme tâche éducative.

Or, si on est dans une perspective éducative, se pose la question anthropologique.

L’enfant est éducable. C’est le point de départ de la réflexion.
Il a des potentialités à actualiser. Le rôle de l’école est de participer à l’actualisation des ces potentialités. L’enfant, l’élève, n’est ni totalement déterminé (sinon il ne serait pas éducable), ni totalement indéterminé (sinon il serait n’importe quoi – or, c’est une personne humaine).
Dans la mesure où l’enfant est une personne humaine, on peut réfléchir sur ce qu’est un être humain. L’acte éducatif exige donc au moins implicitement une conception de la personne. Aucun éducateur ne peut considérer que l’enfant est n’importe quoi.
S’il était n’importe quoi, il ne serait pas nécessaire d’intervenir. Il pourrait choisir ce qu’il veut devenir : optique totalement libertaire. Ou bien, vision totalitaire : je ne le verrais pas avec des finalités inscrites en lui, et je pourrais en faire ce que je veux.
Il y a une ligne de crête. L’être humain, parce qu’éducable, est à la fois personne humaine, à la fois être à guider.
Il faut donc savoir ce qu’est un être humain, et qui j’ai en face de moi. Uniques et humains. Il y a quelque chose d’universel qui est l’objet de la réflexion anthropologique.

Plan :
1 – Comprendre le contexte anthropologique, éthique et politique dans lequel nous vivons aujourd’hui.
Diagnostic de l’esprit de notre époque.
Nous sommes influencés par l’esprit de l’époque, pour le critiquer (le positif et les dangers).

2 – Oser la question de la vérité.
A partir de ce diagnostic, donner quelques pistes pour rouvrir la question dans l’acte éducatif, principalement dans l’école. On ne peut pas éluder la recherche de la vérité sur ce qu’est la personne.
Notre époque a un doute profond sur la possibilité d’atteindre la vérité sur la personne, sur ce qu’est son bien.
Oser partir à la recherche de la vérité sur l’être humain que nous sommes en charge d’éduquer.

1 – Diagnostic sur l’esprit de notre époque


A - Crise générale de la transmission


Avec un doute sur la légitimité de l’acte même de transmettre.
Est-il bon de transmettre quelque chose à la génération suivante ? N’est-ce pas lui imposer un fardeau ? Donc il faudrait se limiter quant à la transmission pour permettre à la génération suivante de développer sa créativité.
Mon enfant a des potentialités propres. Qui suis-je pour imposer des choses qui vont empêcher le développement de ses potentialités en transmettant quelque chose ?
L’élève va redécouvrir ou inventer.
Cette crise touche de plein fouet l’enseignement, l’école. Les valeurs qui me semblent importantes, les convictions que j’ai, au nom de quoi puis-je les transmettre, voire les imposer (on mélange souvent transmettre et imposer) ?

B – Pluralisme de droits en matière anthropologique et éthique


Idée que cette pluralité de conceptions est irréductible : on ne retrouvera pas une forme d’unité telle qu’on a connue auparavant. Elle est même légitime.
Dans nos sociétés, il est tout à fait légitime et naturel d’arriver à des réponses différentes, voire opposées. Il exprime quelque chose… l’impossibilité d’atteindre la vérité sur ce qu’est l’être humain. (l’expression « vérité objective » est un pléonasme).
Pluralisme de droits = ± relativisme. C’est une forme d’esprit. On n’ose plus prétendre à un discours vrai. Pas seulement parce qu’on manquerait de courage. On considère que sur divers sujets - ici l’être humain et ce qui est bon pour lui - il n’y a pas possibilité d’accéder à une vérité.
Les termes beaucoup utilisés dans le champ humain et éthique sont déconnectés de l’horizon de la vérité. Ex : le concept de conviction. « Voilà ma conviction » veut dire qu’on n’est pas dans l’errance, mais ça dit aussi que j’entends la possibilité qu’il y ait d’autres convictions, même opposées, tout aussi légitimes que les miennes. Je montre que j’ai une vision, et qu’elle peut être opposée à d’autres visions.
Autres exemples : « valeurs, sens donné à la vie ». Le sens est ici le résultat d’une interprétation. Valeurs : résultat d’un choix, je ne peux totalement justifier le système de valeurs, donc il peut y en avoir d’autres.
« Pluralisme de droits », terme à bien comprendre.
Lorsqu’a été élaboré le projet de l’école républicaine, sous la III° République, avec la laïcisation du personnel, le présupposé implicite était qu’il y avait une anthropologie commune.
Quand Ferry, en 1882, répond à de Broglie qui l’interroge sur la morale enseignée à l’école : « la bonne morale de nos pères. » il est habile. Habile en refusant de la justifier en l’appuyant à des présupposés religieux, philosophiques, etc. Il reste flou.
Ce qui rendait possible une morale laïque était une certaine conception commune de l’être humain.
Depuis les années 1960-70, il y a un refus beaucoup plus profond du christianisme, et donc de l’anthropologie liée, qui a amené une fracturation du socle commun. En 1969, suppression de la morale laïque, l’année même de l’instauration des cours d’éducation sexuelle. Il n’y avait plus de morale commune.


L’éclatement des références éthiques et anthropologiques a-t-il engendré une dissolution totale du corps social ? On n’est pas une société en pleine guerre civile.
Qu’est-ce qui a remplacé la bonne morale de nos pères ? Malgré l’éclatement, comment y a-t–il encore un certain liant ?
Il y a eu un partage des tâches : l’éthique relève de la vie personnelle, chacun doit trouver un sens à sa vie, raisonner sur le but à donner à sa vie : diversité de systèmes de valeurs.
Autre niveau, très prégnant aujourd’hui: il est nécessaire qu’il y ait des valeurs communes. Ces valeurs ne peuvent être que purement formelles : rendent possibles la coexistence de modèles éthiques différents.
Max Weber[1], le sociologue, a parlé de « polythéisme des valeurs. » Cette diversité devrait engendrer la guerre des dieux : i.e. le conflit entre des gens à systèmes de valeurs différents. Comment éviter cela ?
La société contemporaine a trouvé un panthéon pour accueillir ce polythéisme : les valeurs comme liberté, solidarité, etc. Valeurs formelles qui n’ont pas un contenu déterminé. Tous les systèmes doivent être compatibles avec ces valeurs formelles. Aujourd’hui, vous pouvez faire ce que vous voulez dans la mesure où ça n’engendre pas de nuisance pour autrui.
Relativisme généralisé, d’un côté. Accueilli par des valeurs qui ne sont pas du tout vues comme relatives… car elles rendent possible la vie commune.  C’est le respect de ces valeurs qui rend possible la vie commune.
C’est notre situation actuelle. Elle contribue à sécréter une certaine anthropologie.

Ce type de configuration engendre une vision de plus ne plus indéterminée de ce qu’est l’être humain. Ces grandes valeurs de liberté, dignité, égalité, etc. sont passe-partout : chacun peut y mettre ce qu’il veut. Elles sont utilisées pour revendiquer des droits. Les revendications habillées par ces valeurs formelles ont l’apparence de la légitimité.
Grande indétermination sur ce qu’est l’homme, et ce qu’est son bien. Quand on pose cette question, on répond : « Ça dépend de toi. C’est une conception privée. En aucun cas, tu ne peux prétendre imposer ta conception à d’autres. »
Si tout éducateur a une certaine représentation de ce qu’est l’être humain et ce qui est bon pour lui, et qu’en même temps on lui dit : « c’est privé, ça ne doit pas influencer ta pratique éducative »… il y a contradiction. Contradiction dit impossibilité. Comme il y a contradiction, c’est une anthropologie où l’indétermination prend toute la place, qui est enseignée.
Gender et morale laïque sont liées à cette indétermination.
La différence entre les générations, entre les sexes, entre homme et animaux, etc., tend à s’estomper. On a maintenant des « droits des animaux ».

L’esprit de notre époque a à la fois un souci d’universalisme, et à la fois cet universalisme n’est pas porteur d’un contenu sur ce qu’est l’être humain. Il ne prétend pas à la vérité, et en même temps, étant transmis, il est reçu comme allant de soi. Promotion d’une forme de relativisme, d’indétermination profonde.


2 – Comment, dans ce contexte, oser la question de la vérité ?


Revenons à Socrate.
L’Alcibiade, petit dialogue de Platon, dans lequel nous assistons à une rencontre. Alcibiade, beau, riche, ambitieux. Socrate vient le voir au moment où il va entrer pleinement dans la vie civique d’Athènes. Son tuteur est Périclès. Rien de moins.
Socrate : tu as de grands désirs, mais le problème est que tu n’es pas éduqué. N’ayant pas une véritable maturité humaine, tu vas partir à la recherche de la satisfaction de tes désirs de manière irresponsable, et précipiter la cité dans l’échec.
Par la maïeutique, Socrate conduit Alcibiade à un retour sur soi, et sur ce qu’il porte en lui. Socrate n’est pas relativiste (sinon il dirait : tu fais ton choix). Avoir une forme de sollicitude manifeste le désir du bien de celui qui est face à soi.
Socrate dira : prends soin de toi-même, et pour cela, connais-toi toi-même. (cf. Temple d’Apollon à Delphes). Par ces biais, Socrate essaie d’introduire Alcibiade dans une démarche éducative. Vu son âge, c’est plutôt une démarche auto éducative.
Le souci de Socrate est le bien d’Alcibiade : l’accomplissement d’Alcibiade.

Qui suis-je ? Que suis-je ?
Pour répondre pleinement à « qui », je dois répondre à « que ».
Socrate introduit Alcibiade dans la quête de la vérité sur lui-même. Et donc une recherche de la vérité sur ce qu’est l’être humain.

Pour l’école aujourd’hui, nous avons à méditer cette démarche Socratique. Socrate ne dit pas d’emblée à Alcibiade ce qu’il est, mais il a un regard, et il introduit Alcibiade dans une démarche.
Socrate et Platon ont créé des écoles, lieux de vie communautaire ; ils sont de grands éducateurs. Aristote de même.
Ils vont, lorsqu’ils rencontrent leurs élèves, percevoir en eux que, puisque étant des êtres humaines, ils ont des potentialités immanentes, inscrites en eux. Le regard sur l’élève élève. Tout éducateur a une certaine vision de la personne qu’il éduque.
Tout éducateur anticipe. Des parents parlent à leur enfant avant qu’il ne leur parle. Ils ne disent pas : « je lui parlerai quand il m’aura parlé ». J’anticipe le fait qu’un jour il va parler. Parce que je sais qu’il est doué de logos, d’intelligence et de raison. Et la parole est la manifestation de cette intelligence.
L’éducateur a un regard d’espérance. Il anticipe. Nous savons que les enfants sont êtres humains, nous savons qu’ils ont des potentialités orientées, qu’ils sont capables d’actualiser de par notre présence.
Educateur et enseignant sont médiateurs entre un savoir, une culture, une tradition… et l’élève. Et plus essentiellement entre l’enfant et lui-même. L’enfant ne peut se réfléchir, se déployer, s’actualiser, que parce qu’il est en relation avec des adultes (ayant déjà actualisé quelque chose en eux) qui ont déjà développé certaines choses.
A contrario, nos limites, errements, etc. ont une conséquence sur nos élèves, nos enfants.

Educateur et enseignant sont au service du développement de l’enfant.
La mesure du développement de l’élève n’est ni l’enfant lui-même en fonction de ce qu’il nous dit dans l’immédiat, ni l’éducateur, ni l’enseignant, ni l’Etat. C’est ce qu’est l’être humain.
Un grand danger : l’arbitraire : quand l’éducateur, l’enseignant se considère comme critère ultime de ce qu’il enseigne.
L’éducateur n’est pas le critère de ce qu’est une personne.
La critique de relativisme anthropologique n’est pas une reprise en main autoritaire ou dogmatique de l’éducation, au sens arbitraire où on écrase l’élève.
Ce qui permet à la personne de se déployer complètement : comprendre ce qu’elle est, ce qu’elle porte elle et en tant que personne humaine.

Toute l’école est suspendue à une clé de voute qui légitime l’institution même de l’école : le désir de vérité qui est dans l’être humain.
Personne ne se réjouit en découvrant qu’on lui a menti.
Ce que l’on désire est être vraiment heureux, connaître les choses véritablement telles qu’elles sont. Le désir de vérité est présent en tout homme, en tout élève.
Ce désir… on ne le voit pas toujours manifesté par les élèves !
L’enseignant est chargé de transmettre des contenus - a priori ils sont vrais (vrais = ils correspondent à la réalité dont ils parlent) - à des gens que la vérité n’intéresse pas toujours, des gens qui ne sont pas forcément attirés par ce qui est bon pour eux. C’est là la crise de l’éducation.
Implicitement au moins, l’enseignant sérieux considère qu’il a en face de lui des êtres humains ayant soif de vérité.
Si je me mets dans une situation d’éducateur, je considère pour celui que j’ai à éduquer que son bien est accessible, et que je suis au service de son développement.


Conclusion


Don Luigi Giussani[2], fondateur de Communion et Libération, dit, en reprenant un autre auteur : L’éducation est l’introduction à la réalité totale.
En tant que nous sommes êtres humains, nous avons des potentialités extraordinaires. L’homme a des désirs dont il ne soupçonne pas les dimensions. Par le regard positif et inconditionnel porté par les éducateurs, l’enfant va en prendre conscience.
Ces désirs très puissants sont tournés vers une réalisation. Cela veut dire « rendre réel ». Ce projet devient réel.
Le cœur de l’éthique : notre vie consiste à se réaliser. Par les actes que je pose, je me détermine moi-même. Finalement, l’être humain a cette capacité de prendre conscience de ce qu’il porte, et de la réalité dans laquelle il vit.
L’enfant est comme un bourgeon. Peu à peu, lui permettre de se déployer, de s’expliciter. Non pas en lien avec ses désirs immédiats, ses caprices – ce serait le laisser dans un aspect partiel. Mais de s’ouvrir à la totalité du réel, à la source ultime de cette réalité.
Grande modestie de l’éducateur, et aussi magnanimité : il doit vouloir de grandes choses pour les enfants.
La cause première de l’éducation est l’éduqué lui même, d’où la modestie nécessaire chez l’éducateur.
Magnanimité, parce que connaissant les possibilités de l’être humain. Anticiper et prendre au sérieux les enfants dont il est chargé.
L’homme passe infiniment l’homme.

Echanges : questions


Expliciter / valeurs


Sur l’ouverture du mariage homosexuel. L’Etat dit : je ne dois plus promouvoir une vision hétéro du mariage. Au nom des valeurs d’égalité et de liberté, on ouvre le mariage quelque soit le sexe des partenaires.
Mais cette neutralité (étymologie : ni - ni) n’est pas une neutralité où pas de position, mais une promotion du mariage a-sexué. La vision promue est l’indifférence des sexes.
La Laïcité a muté. Passée des questions confessionnelles religieuses à des questions d’éthique et d’anthropologie.
Dans le champ de l’action, je ne puis être neutre. Sur le plan de la pensée, je peux suspendre mon jugement. Dans l’ordre de l’action, même celui qui ne choisit pas a déjà choisi. Dans le champ pratique, je ne peux être dans la pure indétermination.
L’Etat promeut une vision indifférenciée.

Idem / dignité, et donc l’euthanasie. Chacun doit être la mesure de sa propre dignité. L’interdiction de la mort, de l’homicide… la valeur de la vie va s’effacer devant la notion de bien-être.

Quelle est votre conception de l’être humain ?


A en lui des désirs fondamentaux : vérité, bonheur, transmettre la vie. Constitutifs de son être. Dans la mesure où il peut grandir dans la découverte de la vérité sur son bonheur, sa vie, ses relations avec les autres, sa capacité à transmettre la vie, il pourra se déployer.
Dans le retour sur sa subjectivité, on découvre quelque chose qui est plus grand que soi. Inscrit en moi, indépendamment de moi. Je ne choisis pas mes désirs, mais de les réaliser ou pas ­[et comment].
Des gens au discours relativiste sont souvent nettement moins relativistes dans leur vie… car on veut vivre de vraies amitiés, vraiment transmettre la vie, etc. On vit un double discours : des gens disent des choses, et en vivent autrement.


Comment amener un enfant à se rendre compte qu’il est dans un monde empli d’amalgames ? Nous vivons dans une société malade. Une partie de ce monde s’effondre sciemment. Pouvez-vous préciser sur potentialiser et actualiser ce trésor qui est en l’homme ?


Cette dimension matérielle de l’être humain est essentielle. Le matérialisme est un réductionnisme. Dans la mesure où je suis dans cette réduction, je peux, éducateur, encourager la personne à s’identifier à ce que je perçois chez elle. En général, je traite l’autre comme je me traite, et l’enfant va se percevoir comme je le regarde (ex : « tu es nul »).
Nous visons dans une société malade. D’où l’importance que l’éducateur découvre que, même s’il est imparfait lui-même, il peut appeler à la grandeur, comme il y est appelé lui-même. La congruence est importante, et en même temps il peut transmettre quelque chose même s’il ne le vit pas pleinement.
« Je ne transmets que ce que je vis pleinement » = je réduis l’humanité à moi-même.
Je peux appeler l’autre à quelque chose, même si je ne le vis pas entièrement, et l’autre peut avoir la capacité à le vivre mieux que moi.


[1] 1864-1920
[2] 1922-2005, prêtre séculier catholique, éducateur, philosophe et théologien italien, fondateur du mouvement catholique international Communion et Libération, créé en Italie vers 1954 et maintenant présent dans plus de 87 pays.

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